Dans la plupart des conversations sur le sushi, on parle du poisson. Du thon, du saumon, de l'oursin, des saisons. Rarement du riz. Pourtant, dans la tradition edomae, les grands chefs disent tous la même chose : le shari est 50% du travail. Certains vont plus loin et estiment qu'un bon riz révèle un poisson médiocre, et qu'un mauvais riz gâche un poisson exceptionnel. Ce n'est pas une exagération.
Qu'est-ce que le shari ?
Le mot « shari » désigne le riz vinaigré utilisé dans la préparation des sushis. Il vient du sanskrit et fait référence aux reliques sacrées, ce qui donne une idée du respect que les chefs japonais lui portent. Dans le contexte de la cuisine, shari désigne simplement le riz préparé avec un mélange de vinaigre, de sucre et de sel, appelé awasezu.
Le mot « su-meshi » est parfois utilisé comme synonyme, plus littéral : « su » pour vinaigre, « meshi » pour riz cuit. Les deux termes désignent la même chose. À Aji, on dit shari.
Sans shari, il n'y a pas de sushi. Le sashimi, qui est du poisson seul sans riz, n'est techniquement pas un sushi. C'est parce que le mot « sushi » lui-même désigne le riz vinaigré, pas le poisson.
La variété de riz : koshihikari
Tous les riz ne se valent pas pour faire du shari. Le riz à grain long, comme le basmati, est trop sec et ne tient pas à la main. Le riz à grain moyen manque de structure. La variété utilisée dans les comptoirs de qualité est presque toujours le koshihikari, un riz japonais à grain court cultivé depuis les années 1950.
Le koshihikari est apprécié pour plusieurs raisons. Son taux d'amidon (amylopectine) lui donne une légère cohésion qui permet au riz de tenir pressé à la main sans être gluant. Son profil aromatique est subtil mais présent, avec des notes légèrement sucrées et une douceur umami naturelle. Sa texture, une fois cuit à la bonne quantité d'eau, est ferme en surface et tendre à coeur.
La cuisson est plus sèche que pour un riz ordinaire. On utilise moins d'eau pour conserver la fermeté des grains. Un riz trop mou s'écrase sous la pression du chef et ne tient pas la forme du nigiri.
Le mélange de vinaigre : rouge ou blanc
L'awasezu est le mélange d'assaisonnement incorporé au riz chaud. Il comprend du vinaigre, du sucre et du sel, dans des proportions que chaque chef garde souvent secrètes. La proportion générale est environ 4 parts de vinaigre pour 1 part de sucre et une demi-part de sel, mais les variations sont infinies.
Le choix du vinaigre change tout. Le vinaigre de riz blanc (shirazu) est le plus courant dans le sushi moderne. Il est neutre, clair, et laisse le riz blanc immaculé. Son acidité est franche et directe.
Le vinaigre rouge (akazu) est le vinaigre de la tradition edomae. Fabriqué à partir des lies de saké (les résidus solides laissés après la fermentation), il est vieilli pendant plusieurs mois ou années. Sa couleur ambrée teinte le riz d'un beige chaud. Son acidité est plus douce, plus ronde. Son profil en acides aminés est nettement plus riche, ce qui se traduit par un umami perceptible dans chaque bouchée.
Le vinaigre rouge : l'âme du shari edomaeTout sur l'akazu : fabrication, différences avec le vinaigre blanc, et usage chez Aji.Température et texture : le 37°C
La température du shari au moment du service est un détail que les clients remarquent rarement consciemment, mais qu'ils ressentent dans chaque bouchée. L'objectif est d'atteindre environ 37°C, la température du corps humain, au moment où la pièce est posée devant le client.
À cette température, les amidons du riz sont souples et légèrement collants, ce qui donne à la bouchée sa cohésion naturelle. Le vinaigre s'exprime sans agressivité. Et la chaleur légère du riz libère doucement les arômes du poisson posé dessus, créant une interaction que le froid ne permet pas.
Un shari trop froid rend le riz dur, compact, difficile à presser et sans expression. Un shari trop chaud cuit légèrement le poisson et déséquilibre l'ensemble. Le 37°C n'est pas une règle arbitraire : c'est le résultat de siècles d'observation.
Pour maintenir cette température, les chefs pressent le nigiri à la main et le servent immédiatement. Le shari n'est jamais réfrigéré. La durée de vie d'un shari bien fait est de quelques heures à température ambiante, pas davantage.
Pourquoi le shari est-il idéalement à 37°C ?
Le shari chez Aji : chaque soir, de zéro
Chez Aji, le shari est préparé chaque soir avant le service. Aucun riz de la veille n'est utilisé. La quantité est calculée pour couvrir le service sans surplus significatif.
Le chef Yamamoto prépare son awasezu avec un mélange de vinaigre rouge et de vinaigre blanc, dans des proportions qu'il ajuste selon la saison et le lot de riz. L'hiver, l'acidité est légèrement plus marquée. L'été, elle est adoucie. Le shari suit les saisons comme le poisson.
Le riz est cuit, transféré dans le hangiri, mélangé à l'awasezu et éventé jusqu'à la bonne température. Il repose ensuite couvert d'un linge humide pour éviter le dessèchement, à température ambiante, jusqu'au moment du service. C'est un rituel quotidien, jamais délégué.
- 1Le shari est le riz vinaigré : base de tout sushi, aussi important que le poisson.
- 2La variété koshihikari est la référence : grain court, légèrement collant, umami naturel.
- 3L'awasezu (vinaigre + sucre + sel) donne au shari son identité : rouge pour l'edomae, blanc pour le moderne.
- 4La température idéale est 37°C : amidons souples, arômes libérés, cohésion parfaite.
- 5Chez Aji, le shari est préparé chaque soir, jamais conservé ni réutilisé.
La prochaine fois que vous mangerez un nigiri, portez attention au riz avant le poisson. Si le shari est tiède, bien assaisonné et cohérent en bouche sans être gluant, vous êtes entre de bonnes mains.
Goûtez le shari d'Aji par vous-même, au comptoir du 929 St-Zotique Est.
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